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par Léa Taïeb
janvier 21, 2019

Interview de Victoria L., fondatrice de TSEEGAN, marque de lunettes de soleil

Victoria a grandi dans une famille d’opticiens. Une famille qui prédispose (peut-être) à la lunette.
Depuis quelques mois, le clan des lunetiers est le sien. Elle se définit comme créatrice et fondatrice d’une marque qui lui appartient : TSEEGAN.

Ses lunettes de soleil se distribuent selon un principe d’exclusivité et dans sa boutique de Soho, à New-York. Ici, elle raconte sa marque, sa marque de fabrique et ses convictions.

Victoria nous accorde cette interview exclusive au cours de laquelle elle nous dévoile tout (enfin presque…).

Regardez. Lisez…

l'interview

TOWNHOUSE (LÉA)

Quelle est l’histoire de cette création ? D’où vient le nom ? D’où viennent les inspirations bohèmes ? Est-ce lié à votre histoire familiale : opticien de génération en génération ?

VICTORIA

Je suis petite-fille et fille d’opticien. Mes parents ont une chaîne de magasins d’optique. Depuis petite, je dis : « je ne travaillerai jamais dans l’optique ». Et pourtant tous les étés, je mettais la main à la pâte (au stock, pour les collections, sur le site internet). Je m’en suis un peu éloignée, en me dirigeant vers la mode, j’ai fait mon petit bout de chemin en étudiant le marketing, le management et en travaillant en tant qu'assistante de Whitewall Magazine à New York.

Il y a deux ans, j’ai décidé de créer une marque. Une marque de vêtement, c’était l’idée initiale. Et puis, j’ai réfléchi. Il ne faut quand même pas “cracher dans la soupe”. J’ai un background, avec un grand-père qui est parti de rien, qui s’est lancé et un père qui développe l’entreprise familiale.

J’ai donc décidé de créer une marque de lunettes. Il faut savoir que la lunette est le 2ème produit de luxe accessible après le parfum : c’est se faire plaisir sans dépenser une fortune. C’était un moyen de revenir vers l’entreprise familiale, à ma façon. J’ai donc créé ma collection 100% fait main en France. Je tenais au savoir-faire français. Le Jura, est le berceau de la lunetterie et l’usine qui produit mes lunettes est la dernière à assembler acétate et métal. Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus de productions made-in-France et de grands designers comme François Pinton ou Lafont sont en voie de disparition. C’était donc, un challenge pour moi de fabriquer français.

Le nom TSEEGAN, reprend le mot tsigane qui veut dire « une personne du voyage », « un voyageur ». Il comporte un jeu de mots, puisqu’il y a le verbe anglais SEE qui fait référence à « ma vision des choses » et « le regard à travers les lunettes ». Quand j’étudiais à l’Institut Marangoni, il y a 8 ans, il fallait créer une marque de vêtement, avec un nom, un logo et un business plan. J’ai imaginé une marque de vêtement (de plage), prévue pour des destinations comme Saint-Tropez ou Saint-Barth. Le style était à la fois casual et élégant. J’ai déposé le nom à l’INPI, il y a 8 ans et je me suis dit : un jour je le ferai.

Ce jour est arrivé, et j’ai repris ce nom, puisque c’est quelque chose qui m’appartient et qui me porte chance. C’est un nom qui me correspond : j’ai eu la chance de beaucoup voyager, d’aller à l’autre bout du monde. Mon slogan reprend d’ailleurs l’image du voyage : « des lunettes inspirées par mes voyages, créées pour les vôtres ». La lunette, c’est un accessoire qu’on emmène partout, surtout en voyage. C’est une collection inspirée de mes voyages et réalisée pour les vôtres.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quelle est votre histoire personnelle (votre parcours) ? Vous êtes née à Paris et aujourd’hui vous êtes à New York, que s’est-il passé entre Paris et NY ?

VICTORIA

Je suis diplômée d’un Bachelor et d’un MBA que j’ai suivi à Paris et en cours du soir. La journée, je travaillais en tant qu’assistante chef de produit chez Zadig et Voltaire. Un jour de Fashion Week, par hasard, j’ai rencontré mon ancien « futur » boss qui est le fondateur de d’un magazine d’ « art & luxury lifestyle » : Whitewall. Il m’a proposé un stage à New York et je suis partie du jour au lendemain. On a commencé comme ça. J’ai travaillé pour lui, assez longtemps. On organisait des événements dans certaines villes et j’étais en charge de la mise au point d’un insider guide qui contenait les meilleures adresses sur place “whitewaller”.

Mon ancien boss Michael K est quelqu’un que je porte dans mon cœur. Et aujourd’hui, via son magazine, ses contacts… Il me renvoie l’appareil  : à ses côtés, je me suis particulièrement investie.

Je suis finalement rentrée à Paris un an, pour apprendre, travailler aux côtés de mes parents et à côté des usines de lunettes. Je me suis aussi recentrée : j’ai compris quelles étaient mes priorités.

Je suis de retour à New-York depuis seulement trois semaines et j’y ai ouvert une boutique au 25 Prince Street. J’expose mes lunettes, et je partage l’espace avec une marque d’espadrilles Soludos qui existe depuis sept ans. Par la suite, l’espace de la boutique sera revu pour en faire un concept-store. Je voudrais exposer plusieurs designers français, des jeunes sortis d’école, pour qu’ils puissent avoir une vitrine à New-York. Je pense que dans ce monde de bruts, il faut s’avoir s’entraider (j’ai eu la chance d’être accompagnée dans mon projet). C’est à mon tour de donner à ces potentiels, une chance.

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous avez une façon de créer ?

VICTORIA

Je pense qu’on est créateur de sa réalité. Plus on pense qu’on va réussir, plus on y arrive, si l’on s’en donne les moyens. On n’a rien sans rien : c’est du travail. Dans la vie, on ne fait pas face à des obstacles mais à des défis. On n’a pas tous les jours des « oui ». Il faut toujours réessayer : rien n’est perdu. Tout change. Tout le temps.

C’est grâce aux rencontres, aux voyages que j’ai pu m’ouvrir et m’intéresser à des choses plus spirituelles. Je me recentre et ressource grâce au yoga, activité qui me rend créative. Je pense aussi, qu’il faut partager ses idées, parce que personne n’a la science infuse, on a besoin de feedbacks, en permanence.

TOWNHOUSE (LÉA)

Votre définition de la créativité ?

VICTORIA

Hum (hésitations). On est tous artiste si on est capable d’expliquer ce que l’on fait (pourquoi on fait les choses de telle manière et pas d’une autre). J’ai pris des cours d’art et design New York Art du Guggenheim Museum et je produisais des choses un peu différentes, j’étais assez proche du Street Art, j’étais dans le collage. Au début, j’avais honte de présenter mes tableaux et un jour, le prof demandé d’exposer ma toile et d’expliquer mes décisions artistiques, au reste de la classe. C’est ça la créativité : avoir la capacité d’expliquer ses choix.

TOWNHOUSE (LÉA)

Pourquoi une boutique à NY ? Bientôt à Paris ?

VICTORIA

Je pense que Paris vit sur sa réputation de « ville de la mode » : elle dort. Selon moi, c’est New-York qui fait la pluie et le beau temps, parce qu’ici on est moins frileux, on dépense plus. J’avais vécu à New-York pendant 3-4 ans et je n’avais qu’un but, c’était de revenir. Aujourd’hui, j’ai ma boutique à Soho et je suis vendue en France au Montaigne Market et dans d’autres concepts-store. J’ai un produit de qualité et la distribution, je la veux exclusive. Ma famille ne dispose même pas de l’exclusivité !

TOWNHOUSE (LÉA)

Une journée avec vous ressemblerait à quoi ? La journée-type ça existe ?

VICTORIA

Je n’ai pas de journée-type. Je commence toujours ma journée par une séance de sport. Puis, je gère emails et commandes. L’après-midi, je suis à la boutique jusqu’à 20h. Je rentre chez moi, je cuisine (j’adore recevoir à la maison), je lis mon livre. En ce moment, je lis « Père riche, père pauvre » de Robert T. Kiyosaki. Il livre des enseignements sur ce que transmet un père qu’il soit riche ou pauvre et les différences qui existent entre ces deux situations matérielles. Après ça, je m’endors et le lendemain, je recommence autrement. J’ai toujours en tête ma devise : « going with the flow », chaque jour est un nouveau jour.

TOWNHOUSE (LÉA)

Votre citation – manifeste (que vous partagez à qui veut l’entendre) ?

VICTORIA

J’aime beaucoup « go with the flow » et « on est créateur de sa réalité ». Ce sont des expressions que j’aime me répéter. Il y a aussi une citation que j’emprunte au créateur de Virgin, Richard Branson et que mon père utilise beaucoup aussi : « Tout est de l’autre côté de la peur ».

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous vivez à New York, vous sortez, vous allez où ? Un lieu qui vous représente (là où vous vous sentez chez vous) ? Et à Paris ?

VICTORIA

Avant je sortais beaucoup, beaucoup, beaucoup, maintenant je sors moins (rires). Mon restaurant préféré, c’est un petit italien, juste à côté de chez moi, Via Carota. Pour y aller, il faut faire la queue assez longtemps, ça vaut le coup : c’est délicieux. Et à Paris, je rends visite à ma prof de sport : c’est la première chose que je fais quand je viens à Paris. Avec elle, je me recentre.

TOWNHOUSE (LÉA)

Sur votre bureau, qu’est-ce que l’on pourrait trouver ? Est-ce rangé ou plutôt désordonné ? Vous laissez traîner quoi ? Ça révèle quelque chose ?

VICTORIA

C’est souvent le bazar mais je m’y retrouve. Parfois, je range tout. Ce que l’on peut voir traîner, c’est un bout de bois énergétique : le palo santo. Il donne une odeur agréable à la pièce puisque j’enfume le bureau du soir au matin. Ce bâtonnet fait référence à mon côté « développement personnel ».

TOWNHOUSE (LÉA)

Vous portez quoi comme lunettes de soleil ? Quel modèle ? Pourquoi ?

VICTORIA

Je change tous les jours. Je porte tout. J’ai un modèle qui porte mon prénom, et que je porte un peu plus souvent. Avant, ma marque de prédilection, c’était FENDI. Maintenant, c’est TSEEGAN.

TOWNHOUSE (LÉA)

Quel avenir pour TSEEGAN ? Une nouvelle collection ? Un secret à ne pas garder ?

VICTORIA

Je dois commencer la nouvelle collection et je suis un peu en retard, mais ça ne va pas tarder ! Avec l’ouverture de la boutique, ces dernières semaines étaient tumultueuses. J’aimerai lancer une collection par an. Si j’ai un secret à partager, qui n’en est pas un : je ne porte que des prototypes, avec un défaut qui n’est visible que de moi (soit le logo manque soit la couleur du verre n’est pas « la bonne »).

TOWNHOUSE (LÉA)

Une dernier mot ?

VICTORIA

Bonne chance à Diane, pour son projet. Je la soutiens. C’est une personne qui se bouge, qui se bat, qui ne reste pas sur son canapé, à attendre que les choses viennent. On a toutes les deux, des idées. On sort des sentiers battus, on voyage, on est indépendantes !